
Saint-Saturnin est un village provençal, mais
il a la
particularité de faire partie du Comtat Venaissin. Ce dernier
a été
territoire pontifical depuis 1274 et a été
rattaché à la France qu’en
1791.
La forme circulaire
du village
atteste qu'il était autrefois entouré de
remparts. Nous ne disposons pas de documents écrits relatant la
construction de ce dispositif de défense. Il nous est cependant
permis de dire qu’au début du XIVe siècle le pays
possédait sa ceinture de remparts, puisqu’en 1302 et en
1317, Giraud Amic de Sabran, baron de Châteauneuf et seigneur du
Thor prête hommage pour ce qu’il possède « in
castro santi Saturnini » Castro ou castrum indiquait à
l’époque une enceinte fortifiée plutôt
qu’un château. Le château étant
désigné par castello ou castellum.
A l’origine, cette disposition comportait trois
entrées. La Porte dite d’Avignon, à l’Ouest,
la Porte dite de Jonquerettes au Sud, et la Porte du Thor à
l’Est. Leurs emplacements sont faciles à
reconnaître, rien ou presque n’ayant modifié le
tracé ancien des rues y aboutissant.
La première mention de la porte d’Avignon figurant dans
les textes, date de 1353 et celle du Thor de 1438. Pour renforcer
le système
de défense, des fossés entouraient le village
à l'origine.
Par la suite,
cet
espace ayant été aplani, il fut planté
par des mûriers. La récolte de
la feuille était vendue pour l'élevage des vers
à soie. Voir ci-dessus
le plan du village de 1779.
De nombreuses dépenses au cours des
siècles ponctuent la
présence des remparts. A l’occasion de chaque
trouble ou épidémie de
peste des réparations y étaient
effectuées.
Les dernières dépenses concernant
les réparations de l'enceinte du village, datent de la grande
peste de 1720. Dès le 2 août, sur l’avis des
consuls, l’assemblée générale des habitants
de Saint-Saturnin décide de fermer les portes dites
d’Avignon et du Thor et de faire réparer le chemin autour
du village afin que les charrettes ne passent plus dans le lieu.
Le 4 mai 1721, lors de l’assemblée générale
des habitants, il a été dit « sur les
soupçons du mal contagieux dont Dieu nous a
préservé jusqu’à ce jour,
l’assemblée décide de réparer les nouvelles
portes qui ne ferment pas bien et de faire faire la garde avec
exactitude ... »

Quelques années plus tard la
nécessité des remparts n'étant plus à
l'ordre du jour et
en mars 1729, on répare " le pont du Rialet avec les pierres
enlevées du dessus des remparts de la Porte dite du Thor
". Ce pont est situé sur la petite route
d'Entraigues. Ce sont les dernières dépenses où il
est fait mention de l'enceinte du village.
Le dernier vestige de nos remparts a disparu avec la
démolition de la maison de Marie Jeanne Albert, place des
cafés, cette maison était située entre
le
tabac-journaux et l'Agence immobilière (autrefois boucherie). Sur le mur nord de
cette
maison on pouvait voir
l’escalier qui montait sur les remparts au dessus de la porte
dite du
Thor.
Voir la photo ci-contre qui a été prise
lors du ravalement de la façade
dans les années 60.
Sur la photo ci-contre à droite de la photo, on distingue bien
cette maison à gauche de la boucherie. D'ailleurs
la surépaisseur du mur que l'on peut voir, correspond
à l'escalier.
La particularité de la porte du Thor, est
quelle n'était pas où on pense. La rue y
aboutissant n'était pas à l'emplacement actuel
à coté du tabac-journaux, mais la ruelle
située contre la boucherie. Voir la disposition sur le plan de
1779. On parle de cette rue lors de la construction de la chapelle
des Pénitents Bleus en 1607. Cette chapelle était
située grosso-modo entre le tabac-journaux et la boulangerie
Perrier. L'emplacement de cette dernière était une
petite place devant la chapelle.
Un espace de quelques mètres avait
été laissé au nord de celle-ci. Cet emplacement
devint et est resté chemin public puisqu’il constitue une
partie de la Grande-Rue actuelle. Il fut pavé en 1721, de
manière que le courant de l’eau de pluie se trouve «
au milieu au moyen de l’élévation du pavé
tant du côté des écuries du chapitre que du
côté de la chapelle. »
Un document du 24 mars 1714, nous indique
que dans « cet espace: large de six pas » les eaux
pluviales de tout le lieu de Saint-Saturnin venant à passer ont
décharné les fondements de la chapelle et de ceux des
écuries du chapitre et de plus le dit espace étant devenu
un grand chemin public où tout le monde passe depuis longtemps
et se creusant tous les jours davantage va porter un préjudice
irrémédiable à la chapelle ce que, pour
éviter, les confrères de la dite chapelle ont
décidé avec le concours du chapitre de Saint-Didier
d’Avignon, de construire un mur, de sorte que le dit passage sera
fermé et arrêtera les eaux.
Le mur en question a été construit et
démoli à plusieurs reprises. Il fut notamment reconstruit
lors de la peste de 1721-1722 pour fermer le bourg.
Au levant de la chapelle est signalé
un cloaque ou fosse à ordures et le 24 janvier 1716, il est
procédé à la « mise aux enchères du
cloaque de la chapelle des Pénitents. »
C’est en cet endroit que les eaux pluviales
rassemblaient toutes les ordures du village lesquelles étaient
de ce temps soigneusement recueillies par les habitants en vue de leur
utilisation comme engrais.
Contraire à toutes les lois de
l’hygiène moderne, cette pratique fut à plusieurs
reprises interdite par le vice-légat, mais ces prescriptions
n’étaient nullement respectées et à la date
du 8 février 1761, peu après une semblable interdiction,
nous assistons à la « création d’un cloaque
au levant et au-dessous de la chapelle avec plantation de mûriers
et mise aux enchères du cloaque.